Exigeant

P.R.I.V.E.

02 octobre 2017

Une plume, une voix, un regard, une vie et Sa mort...

Anne Bert a décidé de cesser de souffrir et de vivre aujoud'hui. Immense respect !

Nous nous étions rencontrés autour de ce blog il y a fort longtemps. Elle y laissait régulièrement des commentaires. A la suite d'une de mes idées folles ici, elle avait publié ses mots en choisissant une photo.

A un moment je me suis essayé à l'écriture, je lui ai soumis une nouvelle qu'elle a critiquée avec un humanisme et une bienveillance qui la caractérise.

J'ai suivi son combat pour le droit à la dignité et à choisir sa mort. Je n'ai pas signé la pétition. Certainement parce que je ne suis pas clair sur ce sujet. Notamment.

Les échanges que nous avons eus m'ont enrichi et bien souvent éclairé. Aussi sa décision m'émeut. Merci à elle d'avoir été la belle personne que nous sommes nombreux à avoir connue.

La photo qu'elle avait choisie est une photo d'Alva Bernadine :

 

 

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02 février 2012

La bataille pour un internet libre

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22 novembre 2011

Hommage à Ferrat

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17 octobre 2011

17 octobre 1961

 Du site Médiapart :

 17 octobre 1961: dire la vérité pour la réconciliation

15 OCTOBRE 2011 | PAR EDWY PLENEL1

 

La date du 17 octobre 1961 fait partie de notre histoire, et nous devons la regarder en face. C'est à Paris qu'une manifestation pacifique de travailleurs alors français –« Français musulmans d'Algérie », selon la dénomination officielle –, venus protester avec leurs familles contre le couvre-feu raciste qui les visait, eux et eux seuls, fut sauvagement réprimée par la police de la capitale, sur ordre de son chef, le préfet Maurice Papon. Mediapart demande la reconnaissance officielle de ce massacre, dont les historiens évaluent les victimes à près de 300 morts.

Au lendemain de la tragédie du 17 octobre 1961, Kateb Yacine (1929-1989), immense poète algérien, s'adressait à nous tous, le peuple français :

 

Peuple français, tu as tout vu

Oui, tout vu de tes propres yeux.

Tu as vu notre sang couler

Tu as vu la police

Assommer les manifestants

Et les jeter dans la Seine.

La Seine rougissante

N'a pas cessé les jours suivants

De vomir à la face

Du peuple de la Commune

Ces corps martyrisés

Qui rappelaient aux Parisiens

Leurs propres révolutions

Leur propre résistance.

Peuple français, tu as tout vu,

Oui, tout vu de tes propres yeux,

Et maintenant vas-tu parler ?

Et maintenant vas-tu te taire ?

 

Après un trop long silence, le temps est aujourd'hui venu de parler, et de parler clair et franc. Non seulement d'entendre cet appel, comme le réclament depuis des décennies historiens de métier et militants de la mémoire, mais d'être au rendez-vous de ce passé plein d'à présent. Le 17 octobre 1961 est une date française aussi bien qu'algérienne. Cette manifestation est certes un des jalons de la conquête de son indépendance, si chèrement payée, par le peuple algérien : organisée par la Fédération de France du FLN, elle entendait consolider le rapport de force face à un pouvoir gaulliste qui, tout en engageant des pourparlers de paix, voulait affaiblir et diviser son interlocuteur indépendantiste.

Mais elle est aussi un moment essentiel de notre propre histoire nationale, de ces moments dont le souvenir fonde, pour l'avenir, une mémoire éveillée, empreinte de lucidité et de fraternité.

Le 17 octobre 1961 est d'abord une manifestation légitime contre une décision administrative sans précédent depuis le régime de Vichy : un couvre-feu raciste, fondé sur des critères ethniques. Le 5 octobre 1961, le préfet de police de la Seine, Maurice Papon (dont on découvrira plus tard le rôle dans la déportation des Juifs à la préfecture de Gironde), impose, au prétexte de la lutte contre les indépendantistes algériens assimilés à des « terroristes », un couvre-feu visant les « Français musulmans d'Algérie ». Ils doivent s'abstenir de circuler de 20h30 à 5h30 du matin, et les débits de boissons qu'ils tiennent ou qu'ils fréquentent doivent fermer chaque jour à 19 heures.

Le 17 octobre 1961 est ensuite une manifestation du peuple travailleur de la région parisienne, d'ouvriers et d'employés accompagnés de leurs familles, venus souvent des bidonvilles, notamment celui de Nanterre, immense, où cette main-d'oeuvre industrielle était en quelque sorte parquée. Ce soir-là, c'est une partie de la classe ouvrière française, dont les cohortes ont toujours été renouvelées par l'immigration, qui défilait pacifiquement sur les boulevards de la capitale, avec cette joie d'avoir su braver l'interdit, la honte et l'humiliation. Avec surtout une grande dignité, celle de ceux qui n'ont d'autre richesse que leur travail, portée jusque dans l'habillement soigné des manifestants. D'ailleurs, le couvre-feu de Maurice Papon prévoyait une seule exception, celle des ouvriers travaillant en trois-huit, contraints d'embaucher en pleine nuit, qui devaient produire une attestation pour pouvoir circuler.

Le 17 octobre 1961 est enfin la plus terrible répression policière d'une manifestation pacifique dans l'histoire moderne de notre République. Les consignes des organisateurs étaient strictes, au point de se traduire par des fouilles préalables des manifestants : pas de violences, pas d'armes, pas même de simple canif. La violence qui s'est abattue sur les manifestants, parfois même avant qu'ils ne se constituent en cortèges, dès leur interpellation sur la base d'un tri ethnique à la sortie du métro, fut d'une férocité inimaginable. Il n'y eut pas seulement les dizaines de disparus – frappés à mort, jetés à la Seine, tués par balles –, mais aussi 11.000 arrestations, et ces hommes parqués plusieurs jours durant, sans aucune assistance, dans l'enceinte du Palais des sports de la Porte de Versailles.

Des «Temps modernes» aux policiers résistants, l'honneur de la France

De cette violence inouïe, ce sont notamment des policiers qui en ont témoigné le plus immédiatement, dans un paradoxe qui n'est qu'apparent. L'Amicale des policiers résistants – nous n'étions que seize ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale – rédigea un tract anonyme, sur la foi de témoignages de gardiens de la paix, qui fut publié dans France-Observateur, l'ancêtre du Nouvel Observateur, que dirigeaient alors Claude Bourdet et Gilles Martinet. Emaillé de faits précis – notamment sur « la bonne centaine » d'Algériens pris au piège sur le pont de Neuilly,« assommés et précipités systématiquement dans la Seine » –, ce texte défend l'honneur d'une police républicaine contre un« enchaînement monstrueux (qui) ne peut qu'accumuler les massacres et entretenir une situation de pogrom permanent ».

Dès l'immédiat lendemain du 17 octobre 1961, un appel circula à l'initiative de la revue Les Temps modernes qui recueillit les signatures de deux cent vingt-neuf intellectuels français, dont vingt-huit professeurs d'université. Il n'est pas inutile de relire aujourd'hui ce texte impeccable tant il fait honneur à cette France, la nôtre, qui sut dire non à l'injustice et à l'innommable, formidablement illustrée dans ces années-là par la revue de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, mais aussi par le Comité Audin et son journal Vérité et Liberté, animé par Pierre-Vidal Naquet, Jacques Panijel et Laurent Schwartz, ou encore par l'éditeur et libraire François Maspero, irremplaçable refuge et emblème de toutes les résistances d'alors. Le voici donc.

« Avec un courage et une dignité qui forcent l'admiration, les travailleurs algériens de la région parisienne viennent de manifester contre la répression de plus en plus féroce dont ils sont victimes et contre le régime discriminatoire que veut leur imposer le gouvernement. Un déchaînement de violence policière a répondu à leur démonstration pacifique : à nouveau, des Algériens sont morts parce qu'ils voulaient vivre libres.

« En restant passifs, les Français se feraient les complices des fureurs racistes dont Paris est désormais le théâtre et qui nous ramènent aux jours les plus noirs de l'occupation nazie : entre les Algériens entassés au Palais des sports en attendant d'être "refoulés" et les Juifs parqués à Drancy avant la déportation, nous refusons de faire la différence.

« Pour mettre un terme à ce scandale, les protestations morales ne suffisent pas. Les soussignés appellent instamment tous les partis, syndicats et organisations démocratiques non seulement à exiger l'abrogation immédiate de mesures indignes, mais à manifester leur solidarité aux travailleurs algériens en invitant leurs adhérents à s'opposer, sur place, au renouvellement de pareilles violences. »

Quelques mois plus tard, le 8 février 1962, cette violence s'abattait, au métro Charonne, sur une manifestation non violente pour la paix en Algérie (un rappel factuel ici). L'immense émotion soulevée par les neuf morts de Charonne a longtemps fait écran au souvenir des dizaines de victimes du 17 octobre 1961. Comme si les seconds faisaient partie de notre histoire française, tandis que les premiers étaient assignés à la seule cause algérienne. C'est évidemment cet oubli qu'il faut aujourd'hui réparer. Car dans cette occultation se joue notre relation à la question coloniale en général et, plus particulièrement, à la part algérienne de notre histoire et de notre propre peuple.

 

L'appel de Mediapart à la vérité et à la réconciliation

Tel est le sens de l'appel lancé par Mediapart, avec l'association Au nom de la mémoire, pour la reconnaissance officielle de la tragédie du 17 octobre 1961 (à lire et à signer en cliquant ici). Se saisir de cette date, ce n'est pas seulement demander justice pour les victimes, c'est aussi ouvrir un nouveau chapitre de l'histoire commune de deux peuples, l'algérien et le français. Les cinquante ans de la tragédie du 17 octobre 1961 inaugurent en effet l'année du cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie, avec toutes ses étapes commémoratives, notamment celle du décès, le 6 décembre 1961, de Frantz Fanon, cet exceptionnel Martiniquais, ancien combattant de la France Libre ayant épousé la cause indépendantiste algérienne, et devenu, dans le monde entier, le chantre de la révolte des Damnés de la terre.

Notre pari, c'est que ce cinquantenaire soit l'occasion de renouer les fils d'une histoire commune entre la France et l'Algérie. « Ni repentance ni vengeance, écrivons-nous, mais justice de la vérité et réconciliation des peuples : c'est ainsi que nous construirons une nouvelle fraternité franco-algérienne. » Tournant le dos aux inutiles guerres des mémoires et aux fratricides concurrences des victimes, notre appel veut en finir avec l'instrumentalisation politique de ce passé meurtri par des pouvoirs, particulièrement l'actuelle présidence française, qui laissent indéfiniment suppurer les blessures afin de diviser, en convoquant des fantômes pour qu'ils bataillent à l'infini.

Dire la vérité sur le passé, c'est se reconnaître dans le présent et se découvrir pour le futur. Sur le 17 octobre 1961, malgré les nombreuses entraves mises à l'ouverture des archives, l'essentiel de la vérité est connu, établi par les historiens, illustré par des écrivains, raconté par des associations. Il faut ici citer, parmi bien d'autres, les noms de Didier Daeninckx, Jean-Luc Einaudi, Mehdi Lallaoui, Anne Tristan et Gilles Manceron (vous retrouverez toutes les références à leurs ouvrages sous l'onglet "Prolonger" de cet article). Mais ce qui manque toujours, à l'instar du discours prononcé en 1995 par Jacques Chirac à Paris sur l'emplacement du Vél d'Hiv par rapport à la responsabilité de l'Etat français dans la déportation des Juifs, c'est cette parole officielle qui apaise et libère, à la fois consolatrice et réconciliatrice (retrouver ici le texte intégral du discours de Jacques Chirac).

A juste titre, nombreux sont les historiens qui critiquent l'exploitation partisane et politicienne du passé, dont l'actuel pouvoir donna une illustration caricaturale en annexant le calvaire du jeune communiste Guy Môquet, fusillé par les nazis en 1941. Soucieuse d'éviter ce piège, notre démarche rassembleuse s'inspire de cet usage collectif du passé qu'ont gardé des sociétés restées plus proches de leurs savoirs traditionnels. Notre appel se réclame ainsi de ce qu'ont su inventer, avec Nelson Mandela et Desmond Tutu, les militants du combat contre l'apartheid en Afrique du Sud, au lendemain de la chute du régime raciste.

L'épilogue de la Constitution provisoire de l'Afrique du Sud de 1993 utilise un mot des langues bantoues, ubuntu, qui désigne « la qualité inhérente au fait d'être une personne avec d'autres personnes ». C'est, en d'autres termes, un appel à la relation, par-dessus les drames et les blessures, que ce premier texte constitutionnel traduisait ainsi : « L'adoption de cette Constitution pose la fondation solide sur laquelle le peuple d'Afrique du Sud transcendera les divisions et les luttes du passé qui ont engendré de graves violations des droits de l'homme, la transgression des principes d'humanité au cours de conflits violents, et un héritage de haine, de peur, de culpabilité et de vengeance. Nous pouvons maintenant y faire face, sur la base d'un besoin de compréhension et non de vengeance, d'un besoin de réparation et non de représailles, d'un besoin d'ubuntu et non de victimisation. »

Pour un «ubuntu» à la française sur notre passé colonial

L'ubuntu à la française auquel nous appelons solennellement concerne d'abord notre histoire algérienne, qui touche directement des millions de Français et leurs proches – parce qu'ils en viennent, parce qu'ils en sont issus, parce qu'ils y ont participé, parce qu'ils en ont été témoins ou acteurs, etc. Mais il concerne aussi, plus largement, notre rapport collectif au long passé d'empire colonial de la France, dont 1962 marque la fin bien que nos outre-mers d'aujourd'hui, des Antilles à la Nouvelle-Calédonie, en soulignent encore la persistance. Il nous revient de réinventer cette relation d'humanité mutuelle où se refonde durablement la politique des peuples, en lieu et place des intérêts à courte vue des gouvernants.

« Il n'est pas interdit, écrivait en 2004 l'historien Maurice Olender en introduction à un numéro de sa revue Le genre humain autour de la Commission Vérité et Réconciliation sud-africaine, de s'inspirer de cette forme d'humanité mutuelle qui fait que ce qui blesse l'un atteint l'autre, que ce qui panse l'un guérit l'autre, que ce qui autorise la mémoire et l'oubli des uns et des autres ouvre l'avenir à des projets politiques communs. » Tel est l'état d'esprit de cette nouvelle fraternité franco-algérienne à laquelle nous appelons, dans l'idée d'une pratique sensible de la politique, d'intuition de la relation et d'écoute de l'autre.

Nous irons donc manifester lundi soir 17 octobre 2011, à Paris, des grands boulevards au pont Saint-Michel dans l'espoir qu'advienne, au jour d'une alternance politique éminemment souhaitable, cette parole officielle de vérité et de réconciliation qui ouvrira une voie nouvelle pour nos deux peuples, français et algérien, inextricablement liés par l'histoire et par la géographie, au passé comme au présent.

A la fin de son récent essai sur la triple occultation du massacre du 17 octobre 1961, l'historien Gilles Manceron rappelle qu'au soir du 8 février 1962, à la prison de la Santé, un Français emprisonné pour son soutien au FLN, entendit soudain un silence de plomb, alors que circulait la nouvelle des morts de Charonne. Puis, raconte-t-il,« d'un seul coup, on a entendu, avec l'accent algérien, monter la Marseillaise, le "Allons enfants de la patrie". Je vous assure qu'on était tous là à se tenir la main, et là une émotion... qui rejaillit encore aujourd'hui. C'était leur hommage aux morts de Charonne, qui étaient contre la guerre d'Algérie... et qui étaient aussi leurs morts ».

Comme ceux de Charonne le sont pour les Algériens, les morts du 17 octobre 1961 sont, eux aussi, les nôtres. Et ils nous espèrent encore, nous attendent et nous appellent, afin que nous soyons enfin fidèles à cette injonction que nous lançait le jeune Frantz Fanon, en 1952, dans une quête infinie de tout ce que l'humanité peut partager : « Que jamais l'instrument ne domine l'homme. Que cesse à jamais l'asservissement de l'homme par l'homme. C'est-à-dire de moi par un autre. Qu'il me soit permis de découvrir et de vouloir l'homme, où qu'il se trouve. »

Oui, où qu'il se trouve.

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Je suis d'autant plus sensible à ce texte, que ma mère, militante communiste et anti-colonialiste convaincue, m'a raconté s'être rendue à cette manifestation et avoir pu sauver plusieurs manisfestants algériens en les arrachant litéralement des mains de la police en se faisant passer pour leur épouse française.

 Je ne sais s'il s'agissait d'une consigne du PCF ou d'une initiative individuelle.

 

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21 octobre 2009

Tu vois, je veux beaucoup.

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26 février 2009

Yves Ballu a son blog

Suite à l'article posté ici : Yves Ballu, la conjuration du Namche Barwa, Yves a créé son blog avec le concours de Nerilka.

Cairn

 Vous y trouverez des éclairages complémentaires et c'est un lien direct avec ce passionné de la montagne.
Pour ceux qui ont lu son (ses) livre(s) n'hésitez pas à lui faire part de vos appréciations.
Ce blog est ouvert, à l'image de l'homme qui a su nous faire vibrer.

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06 janvier 2009

Israël creuse sa tombe

Laissé en commentaire par photoeil (merci à toi) l'analyse de Rachid BENZINE me semble suffisamment juste et pertinente pour figurer ici.
Il y a de ma part, l'indignation et la rage devant l'horrible drame de Gaza, mais aussi une réflexion à plus long terme sur les conséquences de cette politique de folie, à courte vue, d'Israël.
J'aurai l'occasion d'y revenir...


Ainsi, c’est par un massacre que l’Etat d’Israël a choisi de clore l’année 2008. Toutes les télévisions du monde ont donné à voir ces effroyables images de policiers palestiniens de la bande de Gaza, agonisant dans d’effroyables souffrances après avoir été fauchés par les bombardements de l’armée israélienne. Deux cent cinquante morts pour la seule journée du 27 décembre. Des civils (les policiers ne sont pas des combattants) victimes d’un raid où il s’agissait de tuer massivement, afin de semer la terreur, d’effrayer.


Y a-t-il une différence avec les massacres qui ont récemment été perpétrés en Inde par des jeunes gens fanatisés, ou avec les attentats meurtriers qui se déroulent presque quotidiennement en Irak ? La qualification de « crime terroriste » serait-elle réservée aux groupes qui ne sont pas officiellement mandatés par des Etats ? Israël prétend agir ainsi pour sa sécurité, en réponse aux attaques dont son espace territorial fait régulièrement l’objet de la part de combattants palestiniens. Mais que produit un pareil massacre ? Davantage de haine. Encore plus de désir de détruire Israël. Une rage encore plus grande chez les jeunes Palestiniens qui ne peuvent nourrir aucun autre rêve que celui de se venger.


Israël vit dans l’illusion que c’est en terrorisant les populations des Etats voisins, qui lui sont globalement hostiles, qu’il garantira son avenir. Il croit dans la religion de la force. Mais plus l’Etat hébreu agit ainsi, plus il suscite des vocations de combattants, et particulièrement des vocations de kamikazes. Devant les images de civils palestiniens agonisant, ce sont tous les Arabes et les Musulmans du monde entier qui éprouvent des sentiments de colère et des envies de châtier Israël à son tour. Depuis 1948, année de sa création, l’Etat d’Israël est parvenu, de fait, à venir à bout de toutes les menaces qui ont pesé sur son existence.


Mais combien de temps cela peut-il encore durer ? Les trois cents millions d’humains qui entourent Israël sont des barils de colère. Trois cents millions d’êtres qui n’en peuvent plus de l’humiliation à travers le déni et le mépris que subissent leurs frères palestiniens. Selon Olivier Abel « Le fort devient toujours plus barbare avec le faible, il faut donc armer le faible d’un contre pouvoir. Pour que la barbarie s’arrête, il faudrait retrouver le sens « épique » : traiter l’ennemi avec équité, avec respect, avec admiration même, comme David épargnant Saül ».


Gaza, ce terrifiant ghetto où sont enfermés, emmurés, un million et demi d’hommes et de femmes qui s’efforcent de survivre dans une misère insoutenable et cette terrifiante pénurie d’eau potable. Comment imaginer que, dans pareille situation, plusieurs dizaines de milliers de jeunes ne sont pas prêts à combattre jusqu’à la mort ? Israël peut tuer deux cents d’entre eux chaque jour, il y en aura toujours autant, et plus encore, qui seront prêts à aller se faire exploser au coeur des quartiers juifs quand l’occasion s’en présentera. Folie d’Israël qui creuse lui-même sa tombe.


Folie d’Israël qui génère la violence dont il se protège. Folie d’Israël qui, à l’époque de la suprématie de l’OLP, a tout fait pour favoriser le développement d’un mouvement islamiste voulu comme concurrent, et qui aujourd’hui fait tout pour le diaboliser. Or quand Israël agit avec barbarie, Israël œuvre pour la gloire de ce Hamas. Dans toute la Palestine d’abord. Dans tout le monde arabo-musulman in fine.


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RACHID  BENZINE

Chargé de cours au Master Religion et Société. Institut d’Etudes Politiques D’Aix en Provence. Chercheur associé à l’observatoire du religieux (Aix en Provence).

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05 janvier 2009

Gaza au coeur...

Les mots de Céleste

Autour de Gaza

Ils ont installé leurs chaises pliantes sur la colline, à l’orée de leur ville. Assis côte à côte, ils  se passent des jumelles.
Se réjouissent, commentent. Contemplent dans le ciel les arabesques des fusées. Sursautent parfois quand l’impact se fait trop fortement entendre.
Pourtant ce n’est pas un joyeux feu d’artifice qu’ils admirent en bavardant, sûrs de leurs droits et confiants dans l’avenir.
C’est la mort.

Ils marchent dans la nuit de Gaza. La peinture verte sur leurs visages, comme un masque. Ils ont vingt ans. Ils obéissent.
Prêts à tuer, à éliminer la vermine lanceuse de roquettes.
Sont-ils aussi prêts à mourir ?
Ont-ils peur ?
Ou sont-ils galvanisés par la cause qu’ils défendent et qu’on leur a inculquée depuis l’enfance ?
Ont-ils conscience du massacre qu’ils sont en train de commettre ?
A quoi pensent-ils ces jeunes gens qui foulent, l’arme au poing, une terre dont l’ennemi a déclaré qu’elle serait leur tombeau ?

Eux aussi ont vingt ans. Durant toute leur enfance, toute leur adolescence ils ont connu l’occupation, la pauvreté.
Dans les enclos des colons les fruits murissaient au soleil.
Puis les occupants ont plié bagages, dévasté les champs et les fermes, brulé, détruit.
Et les mâchoires du piège se sont refermées sur les Gazaouis.
Leurs déplacements sont limités. Ils n’ont pas de travail, pas de nourriture, pas d’électricité. Prisonniers sur une étroite bande de terre, coincés entre la mer et le pays des colons, l’orgueilleuse et cruelle Israël, ils tournent en rond dans leur geôle.
Oubliés, méprisés, sans futur.
A la mosquée ils se retrouvent et les paroles les pénètrent. Lors de réunions clandestines, on leur dit qu’ils sont fiers et dignes et que pour la liberté il est juste de mourir comme il est juste de tuer. Que celui qui se sacrifie pour la cause de son peuple est un héros.
Le sang qui piaffe dans leurs veines crie qu’ils n’ont rien à attendre de cette vie-là. Que leur destin est scellé: humains de seconde zone privés de liberté, que l’occupant voudrait larbins, ployant leurs échines sous les ordres, devant sans cesse justifier leurs identités.
Leur véritable identité, c’est Hamas qui la leur donne, avec la fierté de défendre leur territoire.
Avec mon âme, avec mon sang, je te défendrai Gaza

Elle est blonde, c’est une femme de pouvoir, sûre d’elle. En tant que ministre des Affaires Etrangères, elle répond aux questions des journalistes « Israël, estime-t-elle, distingue la guerre contre le terrorisme, contre le Hamas, de la population civile. Ce faisant, nous maintenons la situation humanitaire à Gaza exactement comme elle doit être ».

Exactement comme elle doit être :

Ils se terrent dans leurs maisons dévastées. Ils tremblent de peur. Ils ont faim, froid, soif. Ils sont exténués.
Leur terre est devenue “lit de sang”, leur ville champ de ruines, les égouts sont à ciel ouverts, l’eau gicle des tuyaux et les seules lumières qui trouent la nuit sont celles des fusées mortifères.
Dans les hôpitaux bondés les victimes expirent lentement, se vidant de leur vie. Personne ne peut les soigner.
Elle hurle de douleur, tous ses enfants sont morts dans le fracas rougeoyant des bombes.
Il pleure, son fils aîné a été amputé des deux jambes, le deuxième, le troisième et le quatrième ont été emportés par un obus, le sixième git sur un brancard, la jambe broyée, il se tord de douleur. Il a douze ans.
Comme d’incessants et monstrueux moustiques les drones survolent leurs abris. Les avions dansent dans le ciel, le roulement sourd des chars fait trembler le sol.

S’ils avaient des jumelles et le loisir de les utiliser, les habitants de Gaza pourraient voir, au loin sur la colline, les chaises pliantes des habitants de Sderot.

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12 décembre 2008

Yves Ballu, la conjuration du Namche Barwa

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Jamais facile de parler du plaisir tiré à la lecture d'un livre écrit par quelqu'un que l'on connait bien.

Yves est un passionné de la montagne et un passionné tout court.

Je devine qu'il a tiré un plaisir jouissif à construire l'intrigue, à faire référence, pour s'en moquer, à la vague ésotérique qui déferle sur les polars. A faire apparaître les coulisses du pouvoir (présidentiel) pour mieux s'en jouer et souligner combien il est facile de faire prendre des vessies pour des lanternes...
Il ose aussi instiller le doute sur les valeurs sacrées des hommes de la Montagne. Et si le mensonge était possible ? Et si la raison d'état était supérieure à tout ? Et si c'était ainsi que se construisaient les héros ?

Son livre est un travail ciselé à l'image de ces montagnards qui passent l'hiver dans les alpages en sculptant le bois.

Bouffée de fraîcheur, envie croissante d'arriver au dénouement, Yves nous prend, mine de rien, pour nous emmener très loin. Il nous encorde soigneusement pour nous hisser au sommet de nos illusions.

J'avais déjà beaucoup aimé "mourir à Chamonix" et si vous cherchez une idée de cadeau, ce livre tombe à pic !

Je ne résiste pas au plaisir de vous dévoiler l'image d'Yves dont le regard sans cesse pétillant et malicieux est un réel plaisir.


Yves_Ballu


Pour en savoir un peu plus sur Yves Ballu, c'est ICI.  Ou son blog, Cairn.

Pour la vilaine : lien du livre à la FNAC au prix de 18,96 euros.


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23 novembre 2008

Citroën... Jacques Prévert

Citroën

   

À la porte des maisons closes
    C’est une petite lueur qui luit…
    Mais sur Paris endormi, une grande lumière s’étale :
    Une grande lumière grimpe sur la tour,
    Une lumière toute crue.
    C’est la lanterne du bordel capitaliste,
    Avec le nom du tôlier qui brille dans la nuit.

   

Citroën ! Citroën !

   

C’est le nom d’un petit homme,
    Un petit homme avec des chiffres dans la tête,
    Un petit homme avec un sale regard derrière son lorgnon,
    Un petit homme qui ne connaît qu’une seule chanson,
    Toujours la même.

   

Bénéfices nets…
    Millions… Millions…

   

Une chanson avec des chiffres qui tournent en rond,
    500 voitures, 600 voitures par jour.
    Trottinettes, caravanes, expéditions, auto-chenilles, camions…

   

Bénéfices nets…
    Millions… Millions…Citron… Citron

   

Et le voilà qui se promène à Deauville,
    Le voilà à Cannes qui sort du Casino

   

Le voilà à Nice qui fait le beau
    Sur la promenade des Anglais avec un petit veston clair,
    Beau temps aujourd’hui ! le voilà qui se promène qui prend l’air,

   

Il prend l’air des ouvriers, il leur prend l’air, le temps, la vie
    Et quand il y en a un qui crache ses poumons dans l’atelier,
    Ses poumons abîmés par le sable et les acides, il lui refuse
    Une bouteille de lait. Qu’est-ce que ça peut bien lui foutre,
    Une bouteille de lait ?
    Il n’est pas laitier… Il est Citroën.

   

Il a son nom sur la tour, il a des colonels sous ses ordres.
    Des colonels gratte-papier, garde-chiourme, espions.
    Des journalistes mangent dans sa main.
    Le préfet de police rampe sous son paillasson.

   

Citron ?… Citron ?… Millions… Millions…

   

Et si le chiffre d’affaires vient à baisser, pour que malgré tout
    Les bénéfices ne diminuent pas, il suffit d’augmenter la cadence et de
    Baisser les salaires des ouvriers

   

Baisser les salaires

   

Mais ceux qu’on a trop longtemps tondus en caniches,
    Ceux-là gardent encore une mâchoire de loup
    Pour mordre, pour se défendre, pour attaquer,
    Pour faire la grève…
    La grève…

   

Vive la grève !

   
    Jacques Prévert


Poème écrit en 1933 lors des grèves chez Citroën. Comme quoi l'exploitation est toujours d'actualité. La machine à broyer toujours efficace. La lutte toujours nécessaire.

Comme quoi je me fous aussi de savoir qui de Ségolène ou de Martine gagnera. Elles ne s'élèvent pas contre ce système. Elles participent toutes les deux à sa perpétuation !

Vaines querelles au moment où la colère monte.


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